Afin de confronter ces deux disciplines il me vient assez naturellement l’envie d’en dresser une liste de mots pouvant être assimilé à l’une ou l’autre, ou mieux, aux deux. Ceci sans en justifier le choix ni la cohérence.
Langage, dessin, construction, projet, liberté, impulsion, contrainte, norme, concept, imagination, théorie, parcours, enfantin, folie, unité, matière, dialogue, culture, art, spontanéité, naïveté, privé, mimétisme, copiage, références, code, marginalité, information, imitation, contrôle, expression, dessein, tradition, esthétisme, utopie, histoire, utilité, beauté, pertinence, société, humanisme …
Les deux mondes se croisent souvent et presque à chaque fois il y a une sorte de magie qui en découle. L’un apportant à l’autre une part de lui-même qui ne se retrouve pas dans l’autre, ou sous une toute autre forme.
Pour ne prendre qu’un exemple, je choisi celui du sentiment de liberté dans la création.
En architecture nous sommes remplis d’envie de produire ce que nos imaginaires nous font miroiter comme étant possible de réaliser. Nous commençons par dessiner des croquis exprimant les intensions fortes, à ce stade rien n’est à priori impossible ni interdit, nous nous laissons aller dans un monde onirique dans lequel nous pouvons tout modeler à notre guise. Souvenirs, spontanéité, personnalité ont toutes leurs places à ce moment là . Puis nous faisons des recherches de références afin d’enrichir nos idées qui se transforment déjà . Un peu plus tard il y a un programme à incérer, certaines idées se transforment ou disparaissent, nous cherchons à simplifier, nous triturons le projet pour l’adapter aux espaces que nous avons dessiné, à leurs fonctions, à leur distribution, nous hiérarchisons, nous réinterprétons, nous (nous) limitons. Le concept est difficile à maintenir à son état initial car des normes de sécurité, énergétiques et écologiques, ainsi que des freins économiques, éthiques, philosophiques, religieux, politiques, anthropologiques viennent se greffer. L’ensemble doit être cohérent, analysable et critiquable par différents points de vue qu’il faut en quelque sorte satisfaire ou provoquer. L’œuvre finale est faite pour autrui, elle est livrée au regard de chacun et dialogue avec son environnement.
L’art brut est la discipline de personnes qui se permettent de n’obéir à aucune règle préexistante, ces personnes inventent leurs propres règles et les changent si elles en ont envie. Rien n’est figé dans le langage qu’elles utilisent. Ceci mène à un problème d’interprétation ensuite. On ne sait pas sur quoi se raccrocher pour en comprendre quelque chose. Leur imaginaire est posé directement dans leurs œuvres, sans détour, baignant dans sa complexité, sans contrainte autre que le support choisi. Il y a un grand avantage créateur lorsque l’on produit rien que pour soit, sans comptes à rendre à qui que ce soit. Il n’y a aucune prise de risque ni engagement de sois, c’est purement instinctif, sensible, libérateur. Il n’y a pas à se justifier.
Les deux disciplines proviennent de l’imaginaire humain, elles sont interprétations du monde et moyens d’expressions. Par ce fait le processus créatif est comparable.
Plongé dans le monde de l’architecture, devenue un peu trop scientifique par la force des choses, l’art brut me fait rêver et me donne à penser qu’une autre manière de réfléchir, d’agir voir même de donner à montrer est possible. Seulement c’est plus difficile à assumer une fois transposé à l’architecture.
(lien vers l'art brut)...